A 37 metres de profondeur, son entrée noyée par la montée des eaux depuis la fin du dernier maximum glaciaireDernier Maximum GlaciaireApogée de la dernière glaciation (env. 26 000 à 19 000 ans), aux calottes glaciaires maximales ; il repousse les populations vers des refuges méridionaux.→, la grotte Cosquer garde ses secrets depuis près de 27 000 ans. Découverte par le plongeur Henri Cosquer en 1985 et officiellement signalée aux autorités en 1991, cette cavité subaquatique près de Marseille recele l'un des ensembles d'art pariétalArt pariétalArt réalisé sur les parois des grottes et abris (peintures, gravures), par opposition à l'art mobilier.→ les plus spectaculaires du monde : chevaux, aurochs, pingouins de mer et mains en négatif témoignent d'une humanité profondément liée au milieu marin. Ce documentaire de BL World View, realise par V. Perazio avec la photographie de Luc Vanrell, plonge au coeur de cette préhistoirePréhistoireEnsemble des périodes de l'histoire humaine antérieures à l'écriture, du Paléolithique à l'âge des métaux, connues principalement par les vestiges matériels.→ maritime pour questionner les origines profondément littorales de Homo sapiensHomo sapiensEspèce humaine actuelle, apparue en AfriqueAfriqueContinent berceau de l'humanité : les premiers hominines y apparaissent, puis Homo sapiens il y a environ 300 000 ans, avant l'expansion vers le reste du monde.→ il y a environ 300 000 ans, seule lignée humaine survivante après l'extinction de Néandertal et des Dénisoviens.→Homo sapiens.
La grotte Cosquer est un cas unique dans l'histoire de l'archéologie préhistorique : un sanctuaire paléolithiquePaléolithiquePériode la plus ancienne et la plus longue de la préhistoire (env. −3,3 Ma à −12 000), définie par les outils de pierre taillée et un mode de vie de chasse et de cueillette.→ dont l'accès ne peut se faire qu'en plongée sous-marine, après avoir emprunte un conduit siphonne de 175 metres. Pendant que Henri Cosquer explorait seul ce couloir obscur en 1985, la quasi-totalité de la grotte se trouvait en fait au sec, dans une cavité suspendue bien au-dessus de la mer. Ce n'est qu'après la découverte du site, et la mort tragique de trois plongeurs venus explorer le couloir sans matériel adéquat en 1991, que les autorités ont pris conscience de l'extraordinaire patrimoine cache sous les eaux du golfe de Marseille.
Un musée peint sous la mer
Les artistes qui ont frequente la grotte Cosquer entre -27 000 et -19 000 ans avant le présent n'imaginaient pas que leur sanctuaire serait un jour englouti. Ils peignaient et gravaient sur les parois une faune d'une diversité remarquable pour l'art [[paléolithique]] : aux cotes des mammouths, des chevaux et des bouquetins attendus, on trouve des figures de grands pingouins de mer (le grand pingouin Pinguinus impennis, désormais éteint), des phoques, des meduses et des poissons. Nulle autre grotte d'art paléolithique n'offre une telle fenetre sur la vie côtière et marine du PléistocènePléistocèneÉpoque géologique des grandes glaciations (env. −2,6 Ma à −11 700), couvrant l'essentiel de la préhistoire humaine.→ supérieur.
Le documentaire suit les plongeurs et chercheurs qui continuent d'étudier ce site unique. Chaque plongée est une course contre le temps : la montée inexorable du niveau de la mer menace les peintures les plus basses, et la condensation liée aux aller-retours des plongeurs accelere la dégradation des parois. En 2022, une replique grandeur nature a été inaugurée a Marseille sous le nom de Cosquer Méditerranée, permettant désormais au grand public de découvrir ce trésor sans mettre en péril l'original.
La dame du Cavillon et les coquillages
Pour replacer la grotte Cosquer dans un contexte plus large, le documentaire evoque la Dame du Cavillon, une sépultureSépultureDépôt intentionnel d'un défunt, parfois accompagné d'offrandes ; indice de comportements symboliques.→ gravettienne découverte dans la grotte des Enfants (Italie) au XIXe siècle. Cette femme enterrée il y a environ 23 000 ans portait une parure abondante de coquillages percées, témoignant d'un lien profond des populations paléolithiques avec le milieu marin. Les coquillages de Nassa neritea retrouves sur sa depouille proviennent de la Méditerranée et attestent soit d'un commerce a longue distance, soit d'une mobilité importante des groupes humains le long des cotes.
Cette observation ouvre sur l'une des grandes questions abordées par le film : dans quelle mesure les ressources marines ont-elles joue un rôle central dans l'évolution cognitive et culturelle de Homo sapiensHomo sapiensEspèce humaine actuelle, apparue en Afrique il y a environ 300 000 ans, seule lignée humaine survivante après l'extinction de Néandertal et des Dénisoviens.→Homo sapiens ? Les acides gras oméga-3 abondants dans les fruits de mer, les cephalopodes et les poissons gras sont aujourd'hui reconnus comme essentiels au développement neuronal. Certains paleoanthropologues suggèrent que l'accès régulier aux ressources côtières a pu favoriser le développement d'un cerveau plus complexe dans certaines populations du Paléolithique supérieur.
Baleines, phoques et navigation primitive
Le documentaire aborde également une dimension peu connue de la préhistoire côtière : l'exploitation des mammifères marins. Des traces d'utilisation de baleines échouées -- et peut-être meme de chasse ou de rabattage actif -- ont été identifiées sur plusieurs sites européens et asiatiques du Paléolithique supérieur. Sur certains sites atlantiques espagnols contemporains de la grotte Cosquer, des restes de phoques et d'os de cetes ont été retrouves dans des contextes de consommation, suggérant que les populations côtières tirait une part significative de leur alimentation de la mer.
La question de la navigation primitive est l'une des plus fascinantes du film. Comment expliquer que les artistes de Cosquer aient represente avec une telle précision des animaux marins difficiles a observer depuis le rivage ? L'hypothèse d'une navigation légère -- radeaux de fortune, pirogues en bois ou embarcations de peaux -- est débattue. Certains indices, comme la présence d'Homo sapiens en Australie des 65 000 ans, démontrent que nos ancêtres maîtrisaient la traversée de bras de mer significatifs bien avant la grotte Cosquer. La Méditerranée n'était peut-être pas, pour eux, une frontière mais un territoire.
Un patrimoine menace, une replique sauvegardée
Le dernier chapitre du documentaire est consacre aux enjeux de préservation. La grotte Cosquer subit aujourd'hui une double menace : la montée du niveau marin liée au changement climatique, qui pourrait envahir les derniers volumes aeres dans les décennies a venir, et la dégradation physico-chimique accélérée par les visits humaines. Depuis que la replique Cosquer Méditerranée a ouvert ses portes a Marseille, les plongées dans l'original ont été drastiquement limitées. Mais la course contre la montre est engagée : chaque année, des fragments de peinture se détachent et des surfaces gravées s'erosodent sous l'action de l'eau salée.
Au-delà de la grotte Cosquer elle-meme, ce documentaire pose une question fondamentale : combien d'autres sites côtières du Paléolithique supérieur gisent aujourd'hui sous les eaux des mers montantes ? La Méditerranée, l'Atlantique, la mer du Nord -- tous ces littoraux étaient émerges et habites pendant les périodes froides du Pléistocène. Une archéologie sous-marine systématique reste a construire pour récupérer ces archives englouties de l'histoire humaine.
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