La vallée du Nil n'a pas fini de livrer ses secrets. En quelques mois, une serie de découvertes exceptionnelles est venue bousculer notre compréhension de l'Égypte antique : tombes royales vides, graffitis d'inde ancienne, premier génome d'un bâtisseur de pyramides, forêt vieux de cinq millénaires retrouve dans un tiroir. Tour d'horizon des avancées les plus marquantes.
La tombe de Thoutmosis II retrouvée - sans la momieMomieCorps préservé de la décomposition, naturellement (gel, sécheresse, tourbe) ou artificiellement ; les kourganes gelés de Pazyryk ont livré des momies naturelles à la peau tatouée.→
Une mission archéologique anglo-égyptienne opérant dans le secteur des nécropoles royales a mis au jour la sépultureSépultureDépôt intentionnel d'un défunt, parfois accompagné d'offrandes ; indice de comportements symboliques.→ de Thoutmosis II, pharaonPharaonTitre du souverain de l'Égypte antique, considéré comme un dieu vivant garant de l'ordre cosmique (la Maât), chef suprême de l'État, de l'armée et du culte.→ de la XVIIIe dynastie (vers 1493-1479 avant notre ère). Le tombeau se distingue par son plafond peint d'un bleu profond seme d'etoiles d'or, signature iconographique des sépultures royales du Nouvel Empire. Thoutmosis II est le mariMariCité de l'Euphrate (Tell Hariri, Syrie) fondée vers 2900 av. J.-C., l'une des premières villes planifiées, célèbre pour le palais de Zimri-Lim et ses archives cunéiformes.→ et demi-frère de la celebre reine-pharaon Hatchepsout, et l'un des ancêtres de Toutankhamon.
La découverte est majeure, mais elle pose autant de questions qu'elle n'en résout. La chambre funéraire est vide, sans signe de pillage. Les indices suggèrent que la depouille royale fut déplacée en urgence après une inondation. Quant a la momie identifiée en 1881 dans la cache de Deir el-Bahari et attribuée a Thoutmosis II, elle ne correspond pas a l'âge estime du pharaon au moment de son décès. Le mystère de la momie royale demeure entier.1
La découverte souligne aussi la richesse inexplorée du plateau de Louxor. Beneedicte Lhoyer, docteure en égyptologie et chargée de cours a l'école du Louvre, le rappelle : "Sur certains sites, notamment Saqqarah, on est a peu près sur de tomber sur des vestiges des que l'on donne un coup de pioche !"
Des touristes indiens taguaient déjà les tombeaux il y a 2 000 ans
Les réseaux sociaux n'ont rien invente. Des chercheurs viennent d'identifier sur les murs de six tombeaux de la vallée des Rois une trentaine de graffitis rediges dans des langues indiennes anciennes : tamoul-brahmi, sanskrit et prakrit. Ces inscriptions remontent a l'époque ou l'Égypte était une province romaine, soit aux premiers siècles de notre ère.
Parmi les auteurs identifies, un certain Cikai Korran a laisse plusieurs messages dont la teneur est saisissante de banalité : "Cikai Korran est venu ici et a vu". Ce voyageur devient ainsi le premier touriste-taggueur documente de l'Histoire, témoin d'un commerce international florissant entre l'Empire romain et le sous-continent indien, via les ports de la mer Rouge.2
Le premier génome d'un Égyptien des pyramides
Une étude parue dans la revue Nature devoile le premier génome complet d'un habitant de l'Égypte de l'Ancien EmpireAncien EmpirePremière grande période de l'Égypte pharaonique unifiée (~2700-2200 av. J.-C., IIIe-VIe dynasties), âge d'or des grandes pyramides et d'un État fortement centralisé.→, a l'époque de la construction des grandes pyramides. Le squelette d'un homme d'environ 1,60 m, âge d'une quarantaine d'années et mort il y a environ 4 600 ans, a été découvert a Nuwayrat dans une jarre funéraire. Deux dents parfaitement préservées ont permis l'extraction et le sequencage de l'ADNADNMolécule porteuse de l'information génétique, utilisée pour reconstruire les liens de parenté entre espèces.→.
Les résultats sont surprenants : l'individu présentait une ascendance a 80 % nord-africaine et 20 % mesopotamienne, confirmant l'existence de migrationsMigrationsDéplacements de populations sur de longues distances ; moteur majeur de l'histoire humaine (sortie d'Afrique, peuplement des continents, diffusions néolithiques et steppiques).→ maritimes précoces entre les deux régions via la mer Rouge ou la Méditerranée. Malgré une vie de labeur manuel intense - peut-être était-il potier - il bénéficiait d'une sépulture de notable, témoignant d'un statut social élevé. Son teint était sombre, caractéristique des populations nord-africaines de l'époque.3
Un forêt vieux de 5 000 ans retrouve dans un tiroir a Cambridge
La découverte la plus inattendue est peut-être celle-la. Classe dans un tiroir de l'université de Cambridge depuis 1920, un "petit poinçon en cuivre entoure d'un lacet en cuir" s'est révélé être le plus ancien forêt rotatif connu en Égypte. L'analyse microscopique de ses traces d'usuretraces d'usureMicro-marques laissées sur un outil par son utilisation, étudiées en tracéologie pour reconstituer sa fonction.→ et d'un fragment de lanière en cuir conserve en surface indique qu'il fonctionnait avec un arc de forage, système plus rapide et plus précis qu'un simple poinçon manuel.
L'objet a plus de cinq mille ans. "Ce petit objet nous rappelle que les Égyptiens étaient des inventeurs de génie et disposaient déjà d'un outillage remarquable", souligne Benedicte Lhoyer. Cette découverte illustre un problème récurrent en archéologie : des milliers d'objets dorment dans les reserves des musées du monde entier, attendant un regard neuf pour livrer leurs secrets.4
13 000 ostracas a Athribis : mille ans de vie quotidienne
A Athribis, une mission egypto-allemande a exhume quelque 13 000 ostracas - ces fragments de céramique utilises comme supports d'écriture bon marche dans l'Antiquité. Consideres comme de simples rebuts, ces tessons receles en réalité une richesse documentaire inouïe : exercices d'écriture, prières, bons de livraison, notes sur les animaux a sacrifier, listes de toute nature.
La collection couvre une période stupefiente : les plus anciens, du IIIe siècle avant notre ère, sont des reçus fiscaux en démotique (version simplifiée des hiéroglyphes) ; les plus récents sont des étiquettes de récipients en arabe datant du IXe siècle après notre ère. Plus de mille ans de données administratives continues, un trésor pour les historiens de l'Égypte tardive.5
A Saqqarah, la tombe du médecin royal
La nécropoleNécropoleVaste ensemble de sépultures, « ville des morts » organisée, souvent sur plusieurs époques.→ de Saqqarah a livre un nouveau trésor : la tombe richement décorée et parfaitement conservée d'un nomme Tetinebefou. D'après les inscriptions gravées sur le sarcophage en pierre, cet homme mort il y a quatre mille ans était "doyen des médecins du palais", "dentiste en chef" et meme "spécialiste des morsures venimeuses" - sans doute le médecin personnel du pharaon.
"Les praticiens de l'époque disposaient d'un grand savoir-faire que l'on qualifierait de scientifique - ce sont d'ailleurs les Égyptiens qui ont mis au point le principe de l'auscultation", rappelle Benedicte Lhoyer. La chambre funéraire est richement décorée, mais la momie demeure introuvable : la tombe avait été pillées des l'Antiquité. Seule la qualité des reliefs scultes temoigne du rang exceptionnel du défunt.6
22 cercueils et leurs momies retrouves a Louxor
Dans la nécropole de Gournah, au coeur de la rive gauche de Louxor, une équipe égyptienne a mis au jour une cachette contenant 22 cercueils en bois peint et leurs momies, accompagnes de rares papyrus. Les inscriptions gravées sur les bois - "chanteurs d'Amon" - indiquent que ces défunts étaient des officiants religieux attaches au temple de Karnak.
La disposition des depouilles laisse penser qu'elles furent déposées en urgence, sans doute pour les mettre a l'abri des pillages récurrents qui secouaient l'Égypte lors de la Troisième Période intermédiaire (vers 1070-664 avant notre ère), époque de troubles politiques intenses. La découverte de papyrus intacts constitue un apport scientifique particulièrement précieux, ces documents fragiles étant rarement preserves.7
Ces sept découvertes, aussi variées soient-elles, convergent vers un meme constat : l'Égypte antique n'a pas encore livre la totalité de ses secrets. Qu'il s'agisse de momies disparues, de génome de bâtisseurs ou de tessons d'écriture oublies, chaque coup de pioche - ou chaque tiroir de muséum ouvert - peut redesinir l'histoire de l'une des civilisations les plus étudiées au monde.
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